La chasse aux sorcières : les hérétiques torturés

Dans mon précédent article sur la chasse aux sorcières, je vous dépeignais un tableau pas très réjouissant. La peur des hommes à voir arriver la femme au pouvoir, la montée en puissance du christianisme, le rejet des valeurs rurales… Autant de raisons qui auraient finalement pu être à l’origine de ces massacres. Sans doute ont elles toutes joué un rôle dans cette histoire.

Quoi qu’il en soit, non content de pourchasser ces hérétiques, l’Église, associée à l’État, enfermait et torturait ceux, et surtout celles, qui osaient rivaliser avec Dieu. Hommes, femmes, enfants : tous sont de potentiels sorciers et sorcières à mener au bûcher. Car, oui, la sorcière conspire avec le Diable, elle est mauvaise et dangereuse, une aberration aux yeux de Dieu le père « himself ».

Oh bien sûr, ces prétendues sorcières avaient le droit d’être jugées avant d’être punies. C’est ainsi que de nombreux procès pour sorcellerie virent le jour. Parmi les procès malheureusement célèbres, il y a la série de procès de Salem (États-Unis) qui a eu lieu en 1692. J’évoquerai prochainement ce sujet dans mon troisième et dernier billet sur la chasse aux sorcières.

Les tortures infligées durant la chasse aux sorcières

Pour mener ces sorcières aux bûchers, il fallait apporter des preuves de culpabilité à leur procès.

Pour cela, les inquisiteurs, authentiques représentants de Dieu, ne reculent devant rien pour mettre à bas la sorcellerie. Leur imagination, en termes de supplice, est sans limites. Rien que le nom de leurs instruments de torture fait froid dans le dos : tenaille et fléau pour détacher la chair, hachoir pour trancher les membres, vis pour écraser les doigts et orteils, pince en fer pour arracher les dents, alcool et souffre pour brûler les tissus et cheveux, poire à orifices pour écarteler, écraseur de tête… À vrai dire, le Diable lui-même n’aurait pu égaler leur cruauté.

Parmi les tortures préférées de ses hommes de foi, on retrouve la nage, le pesage, le piquage, le chevalet, le supplice de la roue ou l’estrapade. Des brodequins servaient à casser lentement les jambes des accusés. On enfonçait des poucettes sous les ongles de la victime. Tout était bon pour leur faire avouer qu’ils avaient conclu un pacte avec Satan, qu’ils pratiquaient la sorcellerie et participaient à des sabbats. Les aveux devaient présenter un certain nombre de détails : nature des sorts lancés, nom des cibles visées, nombre de potions et maléfices connus, nom des autres sorciers présents aux nuits de débauches sabbatiques…

L’usage de techniques machiavéliques

Pour donner une idée des souffrances endurées durant la chasse aux sorcières, voici quelques explications sur les techniques employées.

La nage - Extrait du livre Sorcières d'Erica Jong
La nage – Extrait du livre Sorcières d’Erica Jong

Les tortures par l’eau étaient courantes. On retrouve en premier lieu « la nage ». La victime, pieds et poing liés, est jetée à l’eau. Si elle coule, elle est présumée innocente, mais si elle flotte, c’est qu’elle pactise avec le Diable et est donc coupable de sorcellerie. Un autre simulacre de noyade, le waterboarding, consiste à ligoter la victime sur un chevalet et à l’obliger à avaler une grande quantité d’eau jusqu’à suffocation.

Selon l’Église, chaque sorcière associée au Diable est marquée par lui. Dans leur frénétique chasse aux sorcières, les inquisiteurs recherchaient activement cette « marque du Diable » sur le corps des accusés. Un simple grain de beauté suffisait à vous faire accuser d’avoir signé un pacte avec le Malin.

Le piquage - Extrait du livre Sorcières d'Erica Jong
Le piquage – Extrait du livre Sorcières d’Erica Jong

Lors de certains interrogatoires, il est fréquent d’utiliser des aiguillons pour piquer l’inculpé. Si celui-ci ressent la douleur et saigne, il est innocent. Sauf que les chasseurs de sorcières utilisaient des aiguillons rétractables : lorsque l’on appuie la poitrine sur le corps de l’accusé, la lame se rétracte dans le manche. L’absence de réaction de l’accusé devient alors la preuve de sa culpabilité.

Un autre exemple, de torture très utilisée est l’estrapade. Cela consiste à attacher les bras de la victime derrière son dos, puis à ajouter des poids très lourds à ces pieds. Ensuite on à la hisse brutalement en haut d’une potence. L’estrapade a pour objectif de désarticuler les membres de l’accusé, de provoquer des fractures de la clavicule, des omoplates…

Mais il y avait encore des tortures bien pires

En dernier lieu, il y avait la vierge noire aussi connue sous le nom de vierge de fer ou vierge de Nuremberg (puisqu’elle fut inventée par un inquisiteur allemand). L’accusé se tient debout dans une sorte de sarcophage en fer de deux mètres de haut. On referme ensuite les portes sur lui. Les piques disposées sur les parois intérieures transpercent lentement la victime enfermée. Évidemment, ces pointes sont intelligemment disposées de façon à perforer le supplicié sans causer immédiatement sa mort. C’est grâce à de petites ouvertures, présente sur le couvercle, que le bourreau interroge sa victime afin d’obtenir sa confession qui ne saurait se faire attendre.

Traces de témoignages…

Arrêtés pour sorcellerie, les prisonniers savaient à quoi s’attendre comme le témoigne la lettre de Johannes Junius, bourgmestre de Bamberg, alors accusé d’hérésie. Dans l’attente de son exécution, il écrit, le 24 juillet 1628, ces quelques mots à sa fille, Véronica.

Mille et un souhaits de bonne nuit ma très chère fille bien-aimée, Véronica. Innocent, j’ai été jeté en prison ; innocent, je dois maintenant mourir. Car quiconque entre dans la prison des sorciers doit être torturé jusqu’à ce qu’il invente un crime ou un autre… Quand on me soumit pour la première fois à la torture, le Dr Braun, le Dr Kötzendörffer et deux docteurs que je ne connaissais pas étaient présents. Le Dr Braun me demande : « Parent, comment se fait-il que tu sois ici ? » Je réponds : « Par erreur, par malchance. ». « Écoute-moi, toi, rétorque-t-il, tu es un sorcier ; confesseras-tu tes crimes de ton plein gré ? Sinon, nous ferons venir les témoins, et le bourreau s’occupera de toi. ». Je lui dis : « Je ne suis pas sorcier, ma conscience est pure sur ce chapitre ; faites venir mille témoins, je ne les crains pas. » …Alors entra aussi — Seigneur qui êtes aux Cieux, ayez pitié — le bourreau ; il lia ensemble mes deux mains et me fit endurer les poucettes, de sorte que mon sang jaillit de mes ongles et ruissela partout, de sorte que, quatre semaines durant, je ne pus me servir de mes mains, ainsi que tu le remarqueras a mon écriture. …Après quoi ils me déshabillèrent, attachèrent mes mains derrière mon dos, puis me hissèrent dans l’estrapade. Je crus alors la fin du monde arrivée ; huit fois de suite, ils me firent monter, puis me laissèrent tomber ; mes douleurs furent indescriptibles… Et ainsi, j’avouai… mais ce n’était que mensonge. Suit maintenant, ma chère enfant, ce que je confessai afin d’échapper aux atroces souffrances et aux horribles tortures, que je ne pouvais supporter davantage… Je dus ensuite dire les noms des gens que j’avais rencontrés (au sabbat). Je déclarai que je ne les avais pas reconnus. « Vieux coquin, je vais encore devoir appeler le bourreau. Alors ? – le Chancelier était-il présent ? ». Je répondis que oui. « Qui d’autre ? » Je n’avais reconnu personne. De sorte qu’il dit : « Prends une rue après l’autre ; pars du marché, éloigne-t’en par une rue et retournes-y par la suivante. » Je dus nommer plusieurs personnes habitant là. Puis j’arrivai à la longue rue. Je n’y connaissais personne. Dus pourtant nommer huit habitants… Et ainsi m’interrogèrent-ils sur toutes les rues, quoique je ne puisse ni ne voulusse en dire davantage. Ils me remirent donc entre les mains du bourreau, lui dirent de me déshabiller, de me raser le corps, et de me mettre à la torture… Ensuite, je dus dire tous les crimes que j’avais commis. Je ne dis rien… « Hisse ce coquin ! » Alors, je déclarai que j’étais censé tuer mes enfants, mais qu’à la place j’avais tué un cheval. Cela ne leur suffit pas. J’avais également volé une hostie consacrée pour la profaner. Après cette dernière confession, ils me laissèrent en paix.
Ma chère enfant, cache bien cette lettre… Autrement je serais très hideusement torturé et l’on décapiterait mes geôliers…
Adieu, car ton père Johannes Junius ne te reverra plus jamais.

Quelques grandes dates liées à la chasse aux sorcières

Quelques dates liées à la chasse aux sorcières @Sheluna.com

Au XVème siècle…
En France et en Europe, les tribunaux de l’inquisition tombent en désuétude dans la répression de la sorcellerie, les tribunaux royaux prenant le relais. En Espagne, l’Inquisition reste cependant vigoureuse jusqu’au XVIIIème siècle.

Au XVIIème siècle…
On commence à se demander si le cas des sorcières ne relève pas davantage de l’asile que du bûcher. En France, le rationalisme, précurseur du siècle des Lumières, commence à apporter un soupçon de raison à l’occasion du procès de la célèbre marquise de Brinvilliers (coupable de nombreux empoisonnements).

Au XVIIIème siècle…
En France, c’est le retour en force des guérisseurs et de la sorcellerie populaire dans les villages. La chasse aux sorcières se termine, l’Église se tournant désormais vers de nouveaux ennemis : les Philosophes…

À très vite pour un prochain billet et n’oubliez pas de faire entrer la magie dans votre vie.
Sheluna