La chasse aux sorcières

Au commencement, il y avait la sorcière…

La vieille sorcière - Illustration de Jos. A. Simth
Illustration de Jos. A. Simth Extrait du livre “Sorcières” d’Erica Jong (aux Editions Albin Michel)

Tout le monde la connaît. Largement relayée par les médias modernes ou les livres d’antan, l’apparence de la sorcière n’est plus un secret pour personne. Si jamais votre route croise celle d’une vieille dame au dos courbé, aux doigts crochus, avec une verrue sur le nez et affichant un sourire aux dents ravagées, ne vous y fiez pas, vous êtes en face d’une sorcière. Surtout, ne mangez pas la pomme qu’elle vous tend, ne croquez pas une tuile du toit de son antre et n’approchez pas des aiguilles à tricoter abandonnées à côté du canapé. Dans la culture populaire, la sorcière est laide, méchante, voire maléfique.

Cela dit, la sorcière n’a pas toujours été mauvaise. Mais pourquoi alors avons-nous cette image d’elle ? Pour essayer de comprendre, il faut faire abstraction de vos préjugés, rester ouvert d’esprit.

Depuis l’apparition « du pauvre » Adam et « de la méchante » Ève, nous sommes la cible d’un lavage de cerveau répétitif destiné à nous inculquer des idées toutes relatives sur les divinités. Idées futiles d’un point de vue religieux à mon sens : avez-vous déjà essayé de dire « Et si Dieu était une femme ? » ou mieux « Et si Dieu était noir ? » sans être la risée de la soirée ?

Dans la plupart des religions du monde, on nous apprend que le divin est masculin, que la Lune est funeste, que le principe féminin incarne « le mal » alors que le principe masculin est « sage et salvateur ». Pourtant, ce principe n’est pas absolu, car dans des temps plus reculés, les hommes ont adoré des divinités de formes diverses : animal, humaine (aussi bien homme que femme) voire un mixte des deux. Avons-nous réellement oublié les termes « Déesse mère » ou « Grande Déesse » qui faisaient référence au culte rendu à une mère universelle depuis le Paléolithique ?

Issue d’une grande lignée, c’est dans ce contexte que la sorcière est tour à tour, symbole de la femme et divinité associée à la planète Vénus, déesse de l’amour et de la guerre, incarnation féminine de la lumière du jour et représentation de la Terre-mère, à l’image d’Ishtar, de Diane ou encore de Déméter.

Ce n’est qu’à force de guerres, de génocides, d’oppressions, sans oublier des millénaires passés à produire des mythes et légendes en tout genre, que l’homme placera Dieu le Père au poste le plus haut n’ayant jamais existé : celui de gardien de nos âmes. Un homme à la tête des Hommes, bannissant ainsi à tout jamais la femme des principes divins.

Et la vierge Marie ou Mère Nature alors, se sont bien des principes féminins me direz-vous ? Sans conteste oui, mais Sainte-Marie, mère de Jésus, toute tendre et attentionnée soit-elle n’en reste pas moins humaine, une femme coupée de sa sexualité donnant la vie sans rapport sexuel. Quant à Mère Nature, il n’en reste aujourd’hui qu’une image irrespectueuse, utilisée à des fins publicitaires ou pour illustrer les propos de dessinateurs humoristiques.

La chasse aux sorcières est la parfaite illustration de la peur des hommes à voir arriver la femme au pouvoir. Notez également que le mot sorcière vient du latin « diseuse de sorts ». On l’associe aussi parfois à une voyante, capable de communiquer avec les puissances supérieures, les forces de la Nature et les défunts. Il était donc impensable qu’une telle créature puisse rivaliser avec Dieu, une divinité certes, mais un homme de surcroit.

S’il est vrai que des hommes furent persécutés pendant cette sombre période de l’histoire, plus de femmes encore furent soumises à d’abjectes tortures par leurs semblables et condamnés à une mort atroce (80 % des accusés étaient des femmes). Leurs crimes ? Se prétendre guérisseuse, envouteuse ou sage-femme. Leurs bourreaux ? La peur et l’incompréhension des hommes cultivés, des religieux et érudits de jadis.

La sorcellerie existe depuis l’Antiquité : d’abord pratiquée sous forme de magie populaire, elle est reliée au christianisme dès le XIe siècle, élevant la sorcière au poste de servante du Diable (encore un homme). C’est ainsi que dès le XIIe siècle, la sorcière fricote avec le Diable. Celle qui prédisait l’avenir faisait tomber amoureux ou malade est désormais pourchassée et punie.

Les choses se gâtent aux XIVe et XVe siècles. La sorcière n’est plus seulement une jeteuse de sorts antique et un oracle, à présent elle parle aux esprits entrant ainsi dans la nécromancie. Elle pratique le maléfice et signe des pactes avec le Diable et, le soir venu, chevauche son balai pour voler dans les cieux afin de rejoindre un rassemblement de sorcières autour du Diable toujours présent au Sabbat.

Désormais, pour l’Église, tous les adeptes des sabbats sont coupables d’hérésie. L’Église, associée à l’État, n’a d’autres choix que de multiplier les bûchers.

Les choses empirent encore en 1486 avec l’arrivée du « Malleus maleficarum », le Marteau des sorcières, écrit par deux inquisiteurs, Jacob Sprenger et Henrich Kramer. Cet infâme ouvrable va devenir la bible de tout inquisiteur qui se respecte. Il sera à l’origine de la mort de dizaines de milliers d’innocents.

Les scientifiques et autres historiens estiment entre 40 000 et 100 000 le nombre des personnes qui périrent injustement pendant les cinq siècles de cette frénésie paranoïaque. De l’Europe (5 000 morts en Suisse, 2 500 dans les îles Britanniques, 1 800 en Scandinavie) jusqu’en Amérique, où le procès des sorcières de Salem connut un grand retentissement, aucun continent n’a été épargné.

Dans mon prochain article, je reviendrai sur le sujet de la chasse aux sorcières à proprement parlé : à quoi pouvait s’attendre une sorcière accusée de sorcellerie ?

Je partagerai aussi avec vous le témoignage de Johannes Junius, Burgomeister de Bamberg, tristement célèbre pour la lettre qu’il a écrite à sa fille Véronica alors qu’il était en prison, attendant son exécution pour sorcellerie.

 très vite pour un prochain billet et n’oubliez pas de faire entrer la magie dans votre vie.
Sheluna