Au commencement, il y avait la magie…

Qui n’a jamais rêvé de voir ses vœux s’exaucer ? C’est en partie en cela que la magie a quelque chose de fascinant pour moi. Mais si la magie m’attire autant, ce n’est pas seulement parce qu’il s’agit d’un ensemble de techniques ancestrales, c’est avant tout parce qu’il s’agit d’un art de vivre, d’une façon d’apprécier la nature, de voir le monde autrement, d’enrichir son cœur.

De tout temps, les hommes ont ressenti l’influence de la Nature et des différents composants de l’univers. C’est pourquoi la pratique magique repose sur le fait de croire qu’il est possible de maitriser le monde qui nous entoure, que si je suis concentrée et que je visualise mentalement mon but alors je pourrais avoir de l’influence sur les choses et les êtres.

La magie a des origines très anciennes et surtout difficiles à situer. Il y a des milliers d’années de cela, la magie et la science étaient étroitement liées. La magie regroupait toutes les connaissances : métaphysique, psychologie, physiologie, astrologie, astronomie, alchimie… La Sagesse pure, détenue par un petit nombre d’élus. Nombreux sont les scientifiques, théologiens, anthropologues ou écrivains qui ont proposé des théories afin d’expliquer cet art. Ce n’est que plus tard, lorsque le progrès scientifique a apporté des réponses aux phénomènes comme la foudre, les mouvements des planètes ou les réactions chimiques, que la magie et la science ont pris des voies opposées.

Les premiers signes de magie remontent à l’ère de la Préhistoire. Déjà, celui qui disposait de dons particuliers était pressenti pour être le Sorcier de sa tribu. Considéré comme le médiateur entre les Hommes, Dame Nature et le Royaume céleste, il avait un rôle de médecin en soignant les blessures et les maladies, de scientifique en faisant venir la pluie et de prêtre en œuvrant afin d’obtenir une chasse fructueuse.

D’autres signes de magie sont apparus sous forme d’antiques cultes préchrétiens en Mésopotamie, en Chaldée où des sacrifices étaient pratiqués afin de conjurer la fureur de terribles Dieux, mais aussi en Perse où les idées véhiculées par la religion de Zaraoustre, alias Zarathoustra, laissaient penser que les ongles et les cheveux, une fois dissociés de l’anatomie humaine, étaient la demeure du Malin.

D’ailleurs, cette paranoïa des ongles et cheveux s’est rependue loin à travers les continents. En Turquie ou au Chili, on les dissimulait dans les crevasses des murs, alors que les Amérindiens les cachaient dans les églises. En Irlande, il fallait les conserver jusqu’au jugement dernier, car selon les Saintes Écritures, « les cheveux de chacun sont comptés par le Tout-Puissant ». Chez nous, en France, on croyait que nos cheveux morts et nos rognures d’ongles donnaient naissance à des insectes nuisibles. C’est d’ailleurs en Bretagne que l’idéologie populaire laissait entendre que les cheveux charriés par le vent se métamorphosaient en mouches (Belzébuth, un des princes couronnés de l’Enfer, était surnommé le « Dieu des Mouches »). Selon Paracelse (médecin/philosophe – 1493-1541), « Les sorcières donnaient à Satan leurs cheveux en garantie du contrat qu’elles passaient avec lui ».

Avec l’arrivée du Christianisme, la magie est déclarée « impure » par l’Église et devient une superstition. Les inquisiteurs et chasseurs de sorcières accordaient une grande importance au caractère démoniaque des cheveux. D’ailleurs, ils faisaient systématiquement tondre toutes les femmes accusées de sorcellerie avant même de les interroger, car oui la répression de la sorcellerie concernait davantage le sexe féminin (un poil misogyne, non ?). À cette époque, la magie mue en un art secret dont la pratique devait rester discrète, et c’est à cette condition qu’elle perdurera dans les campagnes : la chasse aux sorcières était ouverte !
Je publierai un bulletin spécial sur le thème de la « chasse aux sorcières » dans un futur proche, soyez patient !

Agrémentés d’une touche de folklore local, tous ces anciens dogmes ont donné vie à ce que l’on nomme « la religion des sorcières » : des rites magiques de nature païenne comme par exemple l’adoration du bouc (symbole de puissance sexuelle, grrr !). En parcourant le continent européen d’est en ouest, cette religion touchait essentiellement les paysans et les gens du peuple, les castes les plus nobles préférant se convertir au christianisme.

À ce sujet, je vous propose de nous intéresser à la théorie de Margaret Murray (1863-1963), anthropologue britannique très connue pour ses idées sur la religion païenne préchrétienne fondée autour du dieu cornu et reconnue pour avoir influencé l’apparition des religions néopaganistes de la Wicca.

Dieu cornu
Dieu cornu

Comme nous l’avons plus ou moins déjà évoqué plus haut, les divinités que nous adorions à l’ère de la préhistoire n’étaient pas vraiment les mêmes qu’aujourd’hui. La Déesse Mère, Diane, la Reine du Ciel représentait la création, la récolte et les mois d’été (en résumé sea, sexe and sun) alors que le Dieu Cornu, avec sa peau d’animal et ses sabots fourchus, représentait la chasse et les mois d’hiver (c’est moins glamour). Ce qui fait que durant toute l’année, on idolâtrait l’une ou l’autre de ces déités très anciennes et puissantes. Elles étaient si importantes et populaires que même le christianisme n’en vint pas à bout, si bien qu’on vénérait simultanément les dieux païens et chrétiens. Les hautes instances de la Sainte religion, désirant ramener ces brebis païennes égarées vers leur propre dogme, ont donc décidé de faire naitre le Christ un 25 décembre, 4 jours après le solstice d’hiver.

Diane, Déesse Mère ©Sheluna.com
Déesse Mère

Le nombre de chrétiens ne cessant de s’accroitre, les païens rescapés passèrent dans la clandestinité. Les dernières poches de résistance devaient se rencontrer en secret dans des lieux isolés comme des forêts ou des landes. Leurs dieux païens, si puissants, furent nommés démons par les chrétiens : le dieu cornu devint le Diable et Diane, la Reine du Ciel, fut promue en mère vierge du Christ. C’est ainsi que le paganisme fut toléré, puis assimilé et enfin éradiqué sans pitié. Toutefois, l’influence des deux dieux païens ne s’éteignit pas complètement : leurs derniers adorateurs furent nommés Sorciers et Sorcières.

Aujourd’hui, je suis consciente d’avoir hérité d’une tradition séculaire. Les sorcières modernes, comme moi, continuent à enrichir les recettes traditionnelles et à élargir leurs actions au bien-être et à la spiritualité. Comme je le disais en début de post, la magie est pour moi un chemin de vie, une façon de considérer le monde et la nature qui est un guide.

 très vite pour un prochain billet et n’oubliez pas de faire entrer la magie dans votre vie.
Sheluna